Du Bulldog ruminant et de la candidate rebelle

chaanie-sp2Pour ceux que les méandres de ma vie ne passionnent pas, (mais que diable faites-vous là ?), séance de rattrapage : je passais un concours blanc cette semaine. Je passais le concours blanc du CAPES de Lettres Modernes organisé par mon IUFM.

Je passais aujourd’hui les épreuves de langue et de grammaire/stylistique dans une confortable et cossue salle de conférence circulaire meublée par trois rangées tout aussi circulaires et j’ajouterai même concentriques, de tables équipées de jolis micros en l’occurrence bien inutiles.

L’épreuve d’anglais ? Texte plus difficile qu’il n’y paraît au premier abord, texte très long de surcroit, mais je ne suis pas mauvaise dans cette matière ; je me suis donc, tranquillement, en utilisant les quatre heures qui m’étaient allouées, acquittée de cette laborieuse mais ô combien payante tâche.

Pause déjeûner, café et rebelotte, nous voilà revenus en salle de conférence pour affronter l’épreuve de Grammaire et de Stylistique tant redoutée. Nous prenons place, nous sommes nombreux, et comme c’était déjà le cas lors de la composition de langue, nous sommes tous les uns à côté des autres, comme nous le serions en amphithéâtre, par exemple. Seuls les chanceux du premier rang disposent pour le moment d’assez de places pour en laisser une entre chacun d’eux. Pour le moment dis-je, puisqu’à priori, notre effectif va sensiblement augmenter. Quant à nous, rebuts du dernier rang qui sommes collés les uns aux autres, nous nous accommodons fort bien de notre condition : nous sommes près de la porte des toilettes -luxe considérable nous avons suffisamment d’espace pour poser trousses, règles et copies… Que demande le peuple ? Eh bien, le peuple demande qu’on ne vienne pas l’emmerder parce qu’il n’y a manifestement pas d’espace entre lui et ses voisins.

Dialogue

Bulldog ruminant (voix nasillarde sur-aigüe, élocution entravée par ce qui semble être un malabar visqueux) : Vous les gens du premier rang, vous vous séparez !

Le peuple (d’une seule voix) : Mais madame, d’autres vont arriver et …

Bulldog (même jeu): Je ne veux pas le savoir, vous faîtes ce que je vous dis.

La rangée obéit, les gens s’espacent en bougonnant. Cela aurait pu en rester là, mais il s’avère qu’il reste une place disponible sur cette fichue première rangée. Il s’avère en outre que visiblement, mon charme exceptionnel m’a fait remarquer par l’enseignante-surveillante, affectueusement surnommée Bulldog par mes petits camarades et moi, comme vous l’aurez compris.

Dialogue

Bulldog (même jeu ) : Vous, là-haut ! Vous descendez vous mettre là (désignant la place libre.)

Moi : Non.

Bulldog (même jeu, mais cette fois, intonation indignée) : comment ça non ?!

Moi (aussi peu amène qu’une porte de prison, mais qu’une porte de prison calme) : Non, Madame je ne changerai pas de place.

Bulldog (voyant les fondations de son univers dictactorial s’effondrer) : Vous faites ce que je vous dis.

Il ne faut pas me parler comme ça, ça a tendance à ma buter davantage et ça se voit

Moi : (Les joues empourprées ) : Écoutez Madame, je me présente à un concours de la fonction publique pour devenir enseignante. Je suis une adulte, assez responsable pour ne pas tricher sur mes voisins . J’aimerais qu’on cesse de nous infantiliser, je ne descendrai pas. (En gros)

Bulldog : (pincée) : Ah, vous le prenez sur ce ton ! Vous avez tort, le jour du concours, on sera moins gentil que moi et…

Moi : Le jour du concours, nous disposerons d’un pupitre par candidat.

Bulldog : oui, bon ben si vous ne voulez pas vous déplacer, allez-y vous (désignant une autre personne.)

NON MAIS ! C’est incroyable tout de même. Je suis d’une nature conciliante, mais s’il y a bien une chose que je ne tolère pas, c’est que l’on me traite comme si j’étais une enfant obligée d’obéir à une puissance supérieure au mépris de la plus élémentaire raison. Moyenne d’âge chez les candidats ? 25 ans. Nature de l’examen : entraînement au concours du Capes, en salle de conférence, sans copies anonymées, sans le nombre requis de surveillants avec autorisation de sortir prendre un café dans la plus grande anarchie si le cœur nous en dit… Plus encore ! Quand bien même certaines personnes tricheraient, expliquez-moi, mais expliquez-moi ce que cela peut bien leur faire à ces mammouths psychorigides ? Les candidats ne pourront pas tricher le jour du concours. S’ils sont suffisamment stupides pour tricher lors d’une épreuve sanctionnée uniquement par une note fictive sans valeur autre que celle qu’ils lui accorderont, grand bien leur fasse ! Mais qu’on ne vienne pas m’emmerder pour que je range mon barda et que je me déplace de trois rangs alors que toutes les autres personnes de ma rangée demeureront bel et bien collées les uns aux autres. La discipline, je suis pour, mais en accord avec un minimum de cohérence. Je n’avais certes pas besoin d’alourdir ma réputation de rebelle, mais je refuserai toujours de faire quelque chose qui à mes yeux n’a pas de sens, surtout quand l’ordre insensé vient d’une personne qui mâche un malabar bruyamment.

Il y a plus humiliant que d’avoir à obéir, c’est d’avoir à obéir à une personne qui mâche un malabar bruyamment.

Quand je pense que c’est elle qui me note. Quand je pense que ma copie n’est pas anonymée, je pense que je vais le payer.

Mais je m’en fous, parce que je suis une adulte et que je suis suffisamment intelligente pour comprendre que cette note n’aura d’autre valeur que celle que je lui accorderai.

Hé hé.

 Du Bulldog ruminant et de la candidate rebelle… – Blogo ergo sum (cliquez)

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